10ar03c.gif (30468 byte) Les martyrs de PARIACOTO
( da "Il Missionario Francescano"  - novembre 2000)

     En arrivant dans la Mission de Pariacoto, un an seulement avant leur mort, le Père Zbigniew STRZALKOWSKI et le Père Miguel TOMASZEK étaient pleins d’enthousiasme.
     Avec le Père Jaroslaw WYSOCZANSKI - tous les trois étant de la Province polonaise de Cracovie -, ils s’étaient installés dans la montagne de Pariacoto et avaient déjà donné à la région la pure empreinte franciscaine: humilité, pauvreté, prière, bienveillance, aptitude à faire le bien autour d’eux, fidélité à la vie communautaire... Ces qualités sont apparues au fil du temps comme autant de valeurs qui ont marqué la population. Elles constituent maintenant l’héritage chrétien qu’ils ont laissé et que les gens cultivent avec d’autant plus de reconnaissance qu’ils y voient un message authentifié dans le sang.

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Le Père Miguel Tomaszek (23/9/60) et le Père Zbigniew Strzalkowski (2/7/58), assassinés le 9 août 1991 par les terroristes du "Sentier lumineux"

    

     Leur apostolat a été vécu dans l’essentiel, avec un dévouement spontané et cohérent qui les a rapprochés de tous ceux qui les entouraient.
    
Ils allaient dans les habitations qui étaient disséminées à travers la montagne et qui servaient alors de refuge aux trafiquants de drogue, lesquels voyaient dans les nouveaux venus des obstacles à leur commerce.

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     "Le Père Zbigniew - raconte Christian, qui a vécu cette expérience de foi - pensait aux adultes et aux personnes âgées, et il leur apportait tous les soins qu’il pouvait". Quant au Père Miguel, "il avait un véritable charisme pour les enfants. Tous deux aimaient la nature". 

     Dans le petit cloître du couvent, il y a toujours un jardin rempli de fleurs, qui montre bien comment ils savaient intégrer cet aspect dans la vie communautaire. Il faut aussi rappeler qu’ils étaient "toujours prêts à rendre service, toujours prêts à repartir, même s’ils venaient de rentrer d’une mission épuisante dans les chapelles de la montagne".

     Ils étaient en danger, et ils le savaient bien, même s’ils cherchaient à en limiter les effets dans leurs contacts avec les deux jeunes qui partageaient leur vie en tant qu’aspirants. "Les derniers jours – se souvient Carlos -, il était plus tendu. Il pressentait un danger. Zbigniew disait que quelqu’un s’était « infiltré » dans le groupe".

 

Leur martyre
     C’est le soir du 9 août qu’ils ont célébré leur dernière Messe: le Père Zbigniew a fait l’homélie, en insistant beaucoup sur "la paix, la foi et la confiance". L’église était à moitié remplie. Il y eut ensuite une réunion avec les jeunes. Les terroristes étaient alors dans le village, et les Pères le savaient. Soudain les événements se précipitèrent. Le Père Zbigniew ordonna aux deux jeunes aspirants de monter dans la chapelle du couvent et de n’en sortir sous aucun prétexte. C’est ainsi qu’ils furent sauvés.  Cependant les terroristes vinrent frapper à la porte du couvent. Les Frères se présentèrent avec courage: "Nous voici" (le troisième, le Père Jaroslaw, était providentiellement en Europe à ce moment-là).

     Ils furent entraînés dehors et emmenés dans la camionnette de la communauté jusqu’au centre du village, qui était désert. Il y eut alors un procès sommaire, auquel participa Sr Berta, une sœur qui avait eu le courage d’intervenir.

     Un bref débat s’ensuivit, qui clarifia les positions de chacun: d’une part ceux qui se présentaient ouvertement comme chargés d’une mission évangélique; et d’autre part ceux qui voulaient imposer la vision anarchique d’une loi purement humaine. Ce débat ne put évidemment aboutir à aucune entente. 

     A la fin, la Sœur fut expulsée du véhicule, lequel prit le chemin de la montagne. Mais grâce à Sr Berta on saura comment s’est déroulé ce simulacre de procès.

     Ils arrivèrent à l’endroit appelé "San Damiano". Le Père Miguel avait donné ce nom à l’enceinte à peine ébauchée d’un ermitage prévu pour des rencontres avec des jeunes et des laïcs, et qui allait devenir le lieu de leur martyre.

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la "condamnation" écrite de leur sang

Une fois descendus du véhicule, ils furent étendus par terre, à même la route, avec le maire du village qui passait là par hasard, les mains liées et avec un écriteau devenu célèbre et portant ces mots écrits de leur sang:

"Asì mueren los lames del imperialismo"
("Ainsi meurent les laquais de l'impérialisme")

     Jamais inscription ne parut plus éloignée de la réalité. Plus tard, lors d’une visite au lieu du martyre, nous nous sommes mêlés à la foule, une foule simple, affectueuse, pauvre, qui pleure et se réjouit en même temps, par un heureux mélange de sentiments impossibles à dissimuler.

Je me rappelle les paroles de l’évêque après les funérailles:

"
Je connais les Indiens, je connais leur fierté; ils savent cacher leurs sentiments, même dans les luttes familiales les plus intimes... Eh bien! aujourd’hui j’ai vu tout un peuple pleurer".

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le cortège des funérailles
pour les deux martyrs

      Je me souviendrai toujours du refrain attristé, mais chargé d’espérance, de la foule anonyme de la montagne andine: "No olbidar nos" ("Ne nous oublie pas").  Je trouvai dans ces mots un résumé et une véritable preuve du DON que Dieu a fait à notre Ordre, en nous montrant clairement dans le témoignage de nos frères que "l'Amour, aujourd’hui comme toujours, est créateur", qu’il réussit à briller même dans les milieux de vie les plus difficiles, qu’il sait trouver le cœur des gens simples et qu’il sait construire là où il nous semble n’y avoir que le désert...!"

P.Lanfranco Serrini

   

 

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